Méditation du 25 avril 2020

Jn 11,1-45

(…) Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais crois-tu cela?

 

Tout le monde est mobilisé autour de Lazare: sa famille, ses amis, et les habitants de Béthanie. Ce qui se passe ce jour-là, Dieu le permet pour que les humains perçoivent ce qui est fondamental: Jésus ne s’incline pas devant la mort, il la combat victorieusement. Désormais, ce que devrait redouter ceux qui décident de le suivre n’est plus la maladie, l’échec, la souffrance ou le retour de la poussière à la poussière, mais essentiellement le fait d’être coupé de celui qui est Résurrection et Vie.

Lazare qui mobilise tout le monde  est tombé malade en l’absence de l’ami de la famille, Jésus.  Marthe et Marie, ainsi que les juifs, tous dessinent le décor d’une humanité qui va être témoin d’une expérience plutôt réjouissante et rassurante. La nouvelle de la maladie de Lazare est envoyée à Jésus, mais ce dernier tarde à venir. Lazare finit par mourir et ses proches, ainsi que les habitants qui ont constaté la situation sont présents. Pourquoi Jésus tarde-t-il à venir? Pourquoi se dit-il heureux de n’avoir pas été présent dès l’instant où le constat et l’ensevelissement ont été faits ? … afin que vous croyiez.

A son arrivée, Jésus entame un très long dialogue avec Marthe. Finalement la résurrection, ou plutôt la remise du souffle de vie en Lazare n’occupe que quelques versets à la fin de ce très long texte. L’évangéliste Jean n’insiste pas beaucoup sur le sort de Lazare, précisément le fait que son corps ne soit plus animé, mieux son trépas. Ce qui est véritablement en jeu dans le texte, c’est la douleur et les reproches des sœurs : « Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Jésus va prendre beaucoup de temps pour s’occuper de cette question. Et ce qui est fondamental pour nous en tant qu’humain, c’est d’expérimenter la démarche qui Jésus va emmener Marthe à faire, pour comprendre ce qui désormais doit nous préoccuper.

Le retard de Jésus, peut s’éclaircir aussi, avec cette question des chrétiens après pâques : que faire dans cette situation où, bien que l’on soit aimé de Jésus, la mort frappe? Comment expliquer le fait que la mort soit présente lorsque nous croyons en Jésus ?

Après son reproche à Jésus, Marthe reçois une première réponse : ton frère ressuscitera (v23).  Mais Marthe n’est pas satisfaite de cette réponse, elle renvoie à Jésus ce qu’elle a appris au cours de catéchèse: je sais qu’au dernier jour, il ressuscitera lors de la résurrection; mais cette croyance ne me rendra pas Lazare qui est parti, et qu’on a même déjà enterré. Voilà exactement la préoccupation de Marthe sur laquelle Jésus va placer une parole éclairante et rassurante pour l’humanité toute entière. La réponse de Jésus vient ainsi corriger Marthe qui avait mal compris. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais crois-tu cela?

Jésus remet les mots à leur place : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. De la bouche de Jésus, la mort signifie la fin, et cette fin-là viendra au jugement dernier. Ce qui s’est passé avec Lazare n’est pas la mort, mais le trépas : c’est cette situation dans laquelle le corps n’est plus animé, c’est le pourrissement de la chair que nous constatons lorsque Dieu a repris le souffle qu’il nous a donné, c’est le retour de la poussière à la poussière au moment où l’âme s’en retourne vers Dieu, le créateur.

Dans ces conditions, selon la Genèse, le mot disparition ne me semble pas approprié, car la chair même ne disparaît pas : c’est la poussière qui retourne à la poussière. Le fait que la poussière retourne à la poussière, Jésus ne l’annule pas; de toutes les façons Lazare mourra plutard, il rendra son âme et on ne verra plus que la poussière. Ce que Jésus enseigne à Marthe ce jour-là, est essentiel pour nous aujourd’hui: devons-nous donc arrêter de croire à la mort, pour croire à la vie ? Si nous nous affligeons beaucoup devant le trépas, n’ignorons pas que la véritable mort est ailleurs.

La véritable mort, c’est cette situation dans laquelle se trouve celui qui n’est pas connecté à la Résurrection et la Vie, c’est celui qui ne connaît pas Jésus, celui qui ne croit pas en notre Seigneur. Ne pas croire, c’est être mort, parce qu’en réalité c’est le Christ qui donne un sens à notre vie, il nous fait passer du trépas à la vie. Notre chair sera détruite, mais nous ne mourrons jamais. L’éternité commence aujourd’hui. Jésus ne supprime pas la mort physique, mais il déploie une vie face à la mort, et les chrétiens qui s’unissent à lui sont passés d’une vie menacée par l’absence de Dieu à une vie que Dieu habite à tout moment. Ne pas croire, c’est choisir de disparaître complètement.

Le défi de la mort n’est donc pas là où nous avons souvent pensé. Voilà pourquoi Jésus nous fait passer maintenant, du souci du retour de la poussière à la poussière d’autrui, au souci de notre propre mort. La pandémie passe son chemin, et nous sommes loin de prédire l’ampleur de ses dégâts, ni encore moins le moment de sa fin. Jésus nous invite à regarder à ce qui est plus important: et toi-même, crois-tu que la Vie n’est pas un processus biologique, mais une façon d’être avec Dieu? Crois-tu que Christ a vaincu la véritable mort et que c’est à toi de choisir la Vie?

 

PRIERE (Unissons-nous à cette prière de Marie Henrioud)

J'ai tout remis entre tes mains :
ce qui m'accable et qui me peine,
ce qui m'angoisse et qui me gêne,
et le souci du lendemain.
J'ai tout remis entre tes mains.

J'ai tout remis entre tes mains :
le lourd fardeau traîné naguère,
ce que je pleure, ce que j'espère,
et le pourquoi de mon destin.
J'ai tout remis entre tes mains.

J'ai tout remis entre tes mains :
que ce soit la joie, la tristesse,
la pauvreté ou la richesse,
et tout ce qu'à ce jour j'ai craint.
J'ai tout remis entre tes mains.

J'ai tout remis entre tes mains:
que ce soit la mort ou la vie,
la santé ou la maladie,
le commencement ou la fin.
J'ai tout remis entre tes mains.

Amen.

Pasteure Priscille Djomhoué

 

 
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