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... Et moi je vous dis: aimez !!!

« Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. 39 Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. 40 A qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. 41 Si quelqu'un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 42 A qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos. 43 « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44 Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. (Mt5, 38-44)

« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Cette parole  a retenti depuis plusieurs millénaires (Ec1,9), elle reste actuelle. Les guerres ne sont donc pas nouvelles : toutes les sociétés, ont toujours entretenu la guerre comme moyen de s’implanter, et d’étendre leur hégémonie, de se développer en prenant de force ce qui appartient à l’autre, ou de protéger ce que l’autre voudrait lui arracher etc. Il y a eu des guerres familiales, des guerres tribales, des guerres religieuses, des guerres civiles, des guerres inter-Etats, des guerres mondiales. Les guerres n’ont jamais cessé, et elles sont le fruit de la volonté humaine : si les catastrophes naturelles nous tombent souvent dessus, les guerres sont toujours initiées et entretenues par les humains : ceux-ci ont donc le choix de faire, ou de ne pas faire la guerre.

Toutes les guerres ont toujours été dévastatrices au point où il serait malhonnête de ne pas reconnaître qu’elles ne se soldent pas par des victoires. Même lorsque certains se déclarent vainqueurs et travaillent à soumettre ceux qu’ils pensent être vaincus, Jésus qui a très bien vu les choses sait bien que rien de ce qu’on obtient par la violence ne peut être considéré comme victoire, tellement les dégâts de part et d’autres sont énormes : pertes humaines énormes, dégâts matériel et environnemental, récession économique, traumatismes de tous ordres (séquelles physique, psychologique et psychique). Pour avoir séjourné à Hiroshima, je mesure combien les traumatismes de la 2eme guerre mondiale encore aujourd’hui sont présents…..

Jésus comprend parfaitement l’inutilité de la violence ; c’est pourquoi, interprétant la Torah ( Loi) dans un contexte de débats et de disputes fréquentes avec les scribes et les pharisiens, il enseigne ses disciples dans le sermon sur la montagne, juste au début de son ministère public,  en accordant un point d’honneur à la nécessité de pratiquer la non-violence dans la gestion des conflits : l’expression «  il vous a été dit » qui reprend une exhortation à la violence, suivie de «  mais /et moi je vous dis » qui y oppose une attitude non violente, est redondante à souhait.

L’appel à la réplique non-violente n’est cependant pas un encouragement à la lâcheté : Jésus qui est jaloux de la dignité de l’être humain, et qui a travaillé contre vents et marrées à redonner leur dignité aux faibles et aux forts rejetés, appelle à se mobiliser face à tout ce qui atténue la vie, mais en s’éloignant de la méthode qui reproduit la violence, qui atténue ou supprime la vie sous toutes ses formes. Autrement dit, en reproduisant la violence, on rentre incontestablement dans une dynamique cyclique de la violence.

Il faut défendre sa dignité, se mobiliser contre la violence, contre l’agression, en utilisant un moyen sans failles. La violence braque les belligérants qui, à un moment donné s’essoufflent et sentent inconditionnellement le besoin d’arrêter : mais l’arrêt est dû à l’essoufflement, et non à la résolution du conflit. Autrement dit, parce que les guéguerres ne sont pas désactivées à cause du cycle de la violence, la fatigue impose un tempo, mais pour avoir l’occasion de souffler et de se préparer à nouveaux à la violence. Voilà pourquoi les guerres ne finissent pas ; elles sont au cœur de la vie des humains, dans les familles, dans les couples, parmi les enfants, les amis, en milieu professionnel, et même à l’église. La propension à la violence se trouve d’abord dans l’être des humains, en moi ; et c’est depuis ma personne, que commence la résolution du conflit, quel qu’il soit. Je dois d’abord me désactiver de la violence que j’ai en moi, et dont l’origine est parfois floue (raison pour laquelle on a besoin d’aide pour comprendre et en prendre conscience). Dans la résolution du conflit, on pense toujours que c’est l’autre qui doit se plier ; c’est exactement le contraire. Jésus enseigne qu’à l’occasion d’une provocation, c’est ma personne qui change/s’adapte et qui change tout ; c’est mon attitude à moi qui envenime ou qui étouffe le conflit dans l’œuf.

Il y a des méthodes qui entretiennent, et des méthodes qui transforment la violence. Voilà, entres autres, ce qu’il faut comprendre de l’enseignement de Jésus dans le sermon sur la montagne. La violence doit être transformée en bienveillance, par la force de l’amour.

Jésus met lui-même en pratique ses enseignements. L’illustration parfaite se trouve dans la grande expérience qui l’a mené de la passion à la résurrection : on a craché sur lui, on l’a insulté, il a été flagellé et crucifié. Il ne s’est pas défendu physiquement, il ne l’a même pas fait de manière psychologiquement violente. Mais il a répondu sincèrement et courageusement aux questions par lesquelles une phrase attendue (et qu’il n’a pas prononcé volontairement), lui aurait épargné la crucifixion. En plus, il a pardonné à ses bourreaux : « Père pardonne-leur… » (Luc 24,34). Contrairement à ce qu’on croit gagner en exerçant la violence, Jésus a gardé sa dignité, et sa vie en exerçant la non-violence : il est Ressuscité et il vit pour toujours.

Nous cheminons vers Pâques, et je nous exhorte à prendre la place des disciples, c’est à dire des élèves. Cheminons aux côtés du Christ, en apprenant à transformer nos violences en bienveillance, pour surmonter les tribulations dont nous sommes l’objet. La guerre commence là où disparaît l’amour. Et la vie renaît lorsque l’amour reprend sa place.

Christ est Ressuscité, il est vraiment Ressuscité alléluia !

Priscille Djomhoué, Pasteure